Hijama en France : est-ce autorisé ou interdit ?

La légalité de la Hijama en France suscite beaucoup de confusion.
Certains affirment qu’elle est totalement interdite. D’autres pensent que seule la Hijama humide pose problème, ou qu’une pratique familiale est automatiquement autorisée.

La réalité est plus nuancée.

En résumé :
Aucune loi française n’interdit nommément la « Hijama ».
En revanche, lorsqu’elle est pratiquée dans le but de diagnostiquer, prévenir ou traiter une maladie, elle peut être qualifiée d’acte médical. Sa pratique habituelle par un non-médecin peut alors constituer un exercice illégal de la médecine.

Les professionnels de santé ne disposent pas non plus d’une autorisation générale. Les kinésithérapeutes ont reçu de leur Ordre la consigne de ne pas proposer les ventouses. Les médecins restent soumis aux règles déontologiques concernant les traitements insuffisamment éprouvés.

Avertissement :
Cet article est purement informatif. Il ne constitue pas un conseil juridique personnalisé.

1. La Hijama n’est pas expressément interdite par la loi

Le Code de la santé publique ne contient aucun article qui dit clairement « la Hijama est interdite ».

Ce qui compte, c’est l’objectif réel de la séance et le caractère habituel de la pratique.

L’article L.4161-1 considère comme exercice illégal de la médecine le fait, pour une personne non autorisée, de participer habituellement au diagnostic ou au traitement de maladies, réelles ou supposées.

Une pratique risque d’entrer dans le champ médical lorsqu’elle vise à :

  • identifier une pathologie,
  • soulager ou traiter un problème de santé,
  • proposer un protocole en fonction de symptômes,
  • être exercée de façon régulière.

Utiliser les mots « bien-être » ou « accompagnement » ne suffit pas à changer la nature réelle des actes.

2. Une situation devenue plus restrictive depuis 2019

En 2019, le tribunal correctionnel de Bobigny a condamné des praticiens pour exercice illégal de la médecine dans le cadre de la pratique de la Hijama (avec ou sans scarification).

Par la suite, deux positions professionnelles ont renforcé les restrictions :

  • Avis du Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes (18 mars 2021) : la pratique des ventouses est jugée insuffisamment éprouvée et expose à un risque injustifié de lésions. Les kinésithérapeutes ne doivent pas la proposer.
  • Position du Conseil national de l’Ordre des médecins : les médecins doivent proposer des soins fondés sur les données acquises de la science. Proposer la Hijama les expose à un risque disciplinaire.

3. Hijama sèche et Hijama humide : quelle différence ?

Forme Description Difficulté principale
Hijama sèche Pose de ventouses sans incision Peut être qualifiée d’acte médical si elle vise un traitement
Hijama humide Ventouses + micro-incisions Finalité thérapeutique + effraction cutanée

L’absence de scarification ne rend pas automatiquement la Hijama sèche autorisée.
Le tribunal de Bobigny n’a d’ailleurs pas considéré que l’absence d’incision suffisait à écarter la qualification d’acte médical.

4. Qui peut pratiquer la Hijama en France ?

  • Non-médecin : risque élevé en cas de pratique habituelle à visée thérapeutique.
  • Kinésithérapeute : position claire de son Ordre → ne doit pas proposer les ventouses.
  • Infirmier : le diplôme ne constitue pas une autorisation générale.
  • Médecin : pas d’exercice illégal de la médecine, mais risque disciplinaire important.

5. Qu’en est-il du cadre privé et familial ?

C’est le point le plus délicat.

Il n’existe aucune exception écrite qui autorise automatiquement la Hijama sur sa famille.

Cependant, l’article L.4161-1 vise surtout la pratique habituelle.
Une intervention rare, strictement limitée au cercle familial proche, sans paiement, sans publicité et sans promesse thérapeutique, présente un risque juridique nettement plus faible qu’une activité organisée.

À l’inverse, le risque augmente fortement dès que la pratique devient régulière, qu’il y a communication, prise de rendez-vous ou présentation comme un soin.

Même en cadre privé, il reste indispensable de connaître les contre-indications de la hijama et de passer par un questionnaire avant hijama pour évaluer les risques.

6. Les formations sont-elles interdites ?

Non.
Étudier l’histoire, les principes et les techniques de la Hijama n’est pas interdit.

En revanche, un certificat privé :

  • n’est pas un diplôme d’État,
  • ne donne aucun droit d’exercer un acte médical,
  • ne protège pas contre une accusation d’exercice illégal.

7. Quelles sont les sanctions possibles ?

L’exercice illégal de la médecine est puni de :

  • jusqu’à 2 ans d’emprisonnement,
  • et/ou 30 000 € d’amende.

Des peines plus lourdes sont prévues lorsque l’infraction est commise via internet ou les réseaux sociaux.

FAQ

Peut-on pratiquer la Hijama sur sa famille à la maison ?
Une pratique exceptionnelle, sans paiement ni publicité, présente un risque plus faible. Elle ne bénéficie cependant d’aucune autorisation générale.

La Hijama sèche est-elle autorisée ?
Pas automatiquement. Elle peut être qualifiée d’acte médical si elle vise un objectif thérapeutique.

Les formations sont-elles légales ?
Oui, l’enseignement en lui-même n’est pas interdit. Le certificat obtenu ne donne toutefois aucun droit d’exercer.

Conclusion

Le statut juridique de la Hijama en France ne se résume ni à une interdiction totale écrite noir sur blanc, ni à une liberté de pratique.

La question essentielle est de savoir dans quel objectif, à quelle fréquence et dans quel cadre elle est pratiquée.

Lorsqu’elle sert à diagnostiquer ou traiter une maladie, sa pratique habituelle par un non-médecin peut constituer un exercice illégal de la médecine.
Le cadre privé et occasionnel est moins exposé, mais il ne constitue pas un feu vert absolu.

Pour ceux qui souhaitent comprendre en profondeur les techniques, les précautions, les limites et le cadre responsable de la pratique, une formation hijama structurée reste le meilleur point de départ.

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